Associations des établissements pénitentiaires


Dans l’entretien, une parenthèse s’ouvre…

L. Alidières : « Sur la partie PAO, tu disais dans le cadre d’une association… »

C. Forfert : Oui, dans le cadre de l’Association tu sais, dans chaque prison il y avait une association.
J’aidais l’association de Metz pour qu’elle ait plus de rentrées d’argent pour pouvoir faire plus de choses. Aussi bien dans le culturel, que dans le pédagogique. Il fallait assurer quand même un minimum, parce que dépendre toujours de subventions, ça me posait problème. Au moins, avec l’association, les rentrées étaient régulières.
À cette époque, les années 80, dans les prisons on avait peu de portes ouvertes sur le monde extérieur. On finançait certains projets par le biais de prestation de services PAO à des petites ou moyennes entreprises locales. Les plus grosses entreprises développaient leurs propres systèmes ou faisaient appel à des boîtes de publicité ou de marketing.
On était parvenus à capter un marché assez intéressant pour imprimer de la publicité. Le marché Gare à Metz, où il y avait tout un tas de boîtes qui vendaient de l’alimentaire. Donc on leur faisait leur publicité à partir de la PAO et on l’imprimait en offset.

Cet extrait est l’opportunité de développement deux problématiques. D’abord, la place des associations dans la vie des établissements pénitentiaires, et ensuite, le rôle politique que jouent ces associations.

Les associations dans le quotidien du personnel pénitentiaire

On peut lire, dans le témoignage de C. Forfert, à plusieurs reprises des mentions des associations comme des auxiliaires du personnel pénitentiaire.

La première fois, en lien avec l’offset achetée au Républicain Lorrain, pour financer des actions pédagogiques et culturelles. Plus tard, il évoquera le rôle des bénévoles dans la semi-liberté d’un détenu pour lequel ils ont négocié l’annulation de la liberté conditionnelle.

Il est notable que les associations aident le personnel pénitentiaire à mener à bien ses missions. D’abord, par le lien que les associations créent à l’extérieur de la prison. En effet, il est plus facile pour une association de nouer du lien avec des entreprises, des organismes ou d’autres associations, pour nouer des partenariats au sein des prisons. Le personnel ne peut pas, pour des raisons évidentes d’emploi du temps, mais aussi parce qu’ils représentent l’administration pénitentiaire.

C. Forfert mentionne un autre moyen pour les associations d’aider le personnel : fiLes associations disposent plus librement de leur budget, et ont de meilleures dispositions légales à obtenir de l’argent. Ainsi, les associations peuvent financer des projets en prison, sans que le personnel pénitentiaire n’attende après une subvention.

Enfin, le bénévolat. Ce dernier moyen, qui n’est pas des moindres, permet de multiplier les moyens humains mis en oeuvre auprès des personnes détenues. Le bénévolat peut porter sur des actions diverses et variées, auprès des détenus. Certaines actions de bénévolat, à visée formative, culturelle, ou simplement occupationnelles. Et il ne faut pas sous-estimer le poids de l’occupation pour aider les surveillants pénitentiaires dans un contexte de surpopulation, car les individus occupés ont moins de risque de causer des problèmes.

Les associations dans le quotidien des personnes détenues

Voyons quelques exemples de bénévolat auprès des détenus pour envisager la façon dont les associations influencent leur quotidien en prison, et après.

La correspondance bénévole, proposée notamment par le Courrier de Bovet, offre aux personnes détenues un lien humain à l’extérieur, en dehors de leur sphère sociale habituelle, pour s’occuper.

Le bénévolat peut également porter sur la formation et la réinsertion, ce qui est le cas de CLIP, une association qui propose de la formation en informatique aux personnes détenues, ou de Déclic, qui aide les détenus à préparer leur sortie.

Le bénévolat est toujours une richesse de créativité, et il est bon de savoir qu’il existe des réseaux et fédérations de ces associations pour découvrir l’étendue des missions qu’elles endossent.

Certaines associations permettent d’aide la personne détenue à maintenir ou reconstruire le lien avec sa famille. On peut citer les associations d’accueil des familles comme l’Association Solidarité Prison Justice qui a acquis un bâtiment pour loger les familles de détenus lors de visites. Dans le cas de MOP (Médiation, Opportunités et Perspectives), il ne s’agit pas de bénévolat, mais de médiateurs familiaux salariés qui interviennent en prison.

Le rôle politique qu’endossent les associations

Certaines associations sont présentes « sur tous les fronts », ce qui est le cas de l’ANVP (Association nationale des visiteurs de personnes sous main de justice). Ils sont présents dans 178 établissements, soit « 95% des établissements de France » selon leur site web. Avec des missions à la fois « entre les murs » et « hors les murs » de la prison. Les « visiteurs » (nom donné aux bénévoles) sont agréés pour venir en prison et offrir son temps à un détenu. Hors les murs, les visiteurs maintiennent le lien avec l’ex-détenu pour s’assurer qu’il ne plonge pas dans la solitude. Si le visiteur le souhaite, il peut s’impliquer dans la réinsertion de l’ex/du détenu en l’assistant dans ses démarches administratives, recherche d’emploi, formation, etc.

Il émerge des discours de chacun de ces acteurs un message selon lequel les associations portent des missions que l’administration pénitentiaire ne parvient pas à mener seule. Elles ont également un rôle d’alerte, ou de productions statistiques, pour aider l’état à piloter l’administration pénitentiaire. Cette formulation est précautionneuse, car il s’agit d’un discours militant, de nombreux bénévoles impliqués dans leurs missions le sont par militantisme. Pour autant, ce discours est corroboré par l’entretien avec C. Forfert.

Notons tout de monde que nombre d’associations qui constellent autour des établissements et de l’administration pénitentiaire travaillent avec ceux-ci. Elles bénéficient de conventions, parfois me partenariats et financements de l’état, du ministère, pour effectuer ces missions qui sont reconnues, le plus souvent, d’intérêt général ou public.

La relation de ces association avec les personnalités politiques, qu’il s’agisse de députés, de responsables de l’administration pénitentiaire centrale, régionale ou d’établissements, sont le plus souvent excellentes. Tout le monde dans l’éco-système pénitentiaire connaît et respecte le travail de leurs bénévoles, pourtant militants.